TEMOIGNAGES

 

 

 

 

 

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LES HEROS DE LA "BOURASQUE".

30 mai 1940.

Un récit de Lionel WATTEL

Je tiens ic i à témoigner  de la part de mon  père décédé, de sa reconnaissance envers les marins de "LA BOURRASQUE", qui lui ont sauvé la v ie en 1940 et dont il a admiré l'esprit de sacrifice et la discipline.

  C'était donc en 1940, devant DUNKERQUE. Mon père, adjudant dans l'armée de terre était sur la plage sous le feu continu des avions allemands qui "faisaient un carton" sur ces malheureux soldats sans défense et en déroute. La BOURRASQUE,  bâtiment de guerre Francais, s'éfforçait d'embarquer le maximum de soldats pour les soustraire à l'encerclement.

Mon père fit partie des "chanceux", qui avaient été récupérés à bord. Il n'avait jamais mis les pieds sur un bâtiment de guerre et NE SAVAIT PAS NAGER.Avec, je crois environ 1200 soldats sur son pont, le bâtiment a appareillé en essayant d'éviter les avions qui l'attaquaient. Il zigzagait pour éviter les impacts tout en tirant avec ses canons de D.C.A.  rapprochée malgré la présence des passagers qui ne savaient où se mettre..........   Il allait enfin réussir à s'en sortir quand il a malheureusement  touché une mine (selon mon père qui n'était pas marin !!).  Le bâtiment était perdu. Prenant une forte bande, il fallait le quitter sans tarder en se jettant à l'eau car tout marin sait qu'il vaut mieux être dans l'eau que de couler avec le navire. Il n'y avait bien sûr pas suffisament d'engins de sauvetage pour tous ces hommes !! Un 3 galons (sans doute un L.V.) un révovler à la main (dont il ne servait pas, bien sûr), se trouvait du côté de la gîte et ordonnait aux soldats: "Sautez! Sautez!", en joignant le geste à la parole. Beaucoup hésitaient, dont mon père qui, je vous le rappele, ne savait pas nager ! Il a alors eu l'idée salvatrice de remonter le pont qui penchait de plus en plus pour voir de l'autre côté s'il n'y avait pas un moyen de s'en tirer. Bonne idée, car il y avait dans l'eau quelques marins occupés à transformer des cochonnets de dragage en engin de sauvetage. Composés de deux cylindres creux reliés par un "pont" c'était une solution géniale... Levant la tête, l'un des marins crie à mon père: "Saute, viens avec nous" !  ce qu'il fit et ils l'ont hissé à bord de leur embarcation de fortune. Ils ont dérivé durant plusieurs heures avant d'être récupérés par un bateau Anglais.Sans ces hommes, il serait sans doute mort, car lorsqu'il fut monté à bord il était évanoui depuis un moment.

Ce que mon père a observé durant le début de la dérive, c'est l'esprit de discipline et de sacrifice des marins du bord qui continuait à tirer comme si rien ne s'était passé, ainsi qu'un timonier,sans doute, qui continuait à envoyer des messages en scott, alors que la BOURRASQUE commençait à s'enfoncer..........  

J'étais adolescent lorsque j'ai pris la décision d'embrasser la carrière militaire; ce que j'avais vu durant la débâcle m'incitait à participer au réarmement de notre pays afin que plus jamais nos ennemis puisse nous maltraiter de la sorte. J'ai eu le choix entre les écoles de l'Armée de Terre, et celles de la Marine. J'ai choisi cette dernière car le récit de mon père m'a encouragé a rejoindre ces héros, quitte moi aussi à les imiter si nécessaire. Je n'ai pas eu cette occasion............  

Mais,.......SI L ON A RAREMENT L OCCASION D' ETRE UN HEROS, ON A TOUS LES JOURS L 'OCCASION DE FAIRE SON DEVOIR !!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TEMOIGNAGE DE JEAN-LOUIS

Le texte que j'ai envoyé au Télégramme lors du retour du "Clem" à Brest après la piteuse épopée qu'ils lui ont fait subir.

 

Vous nous invitez à réagir et à témoigner, en évoquant la tristesse qu’auront les Brestois de voir revenir le "Clem" en si piteux état dans le port qui la vu naître, puis évoluer fièrement en rade à chaque appareillage ou retour et que dire de nous, qui y avons vécu, dormi, mangé, ri et parfois pleuré.

Je pense que beaucoup d’entre nous vivent très mal "l’abracadabrante odyssée" de l’ex-fleuron de la marine française. Injustice est le premier mot qui me viens à l’esprit et le deuxième est gâchis.

J’en veux réellement à tous ceux qui ont commis cette faute, car en l’occurrence s’en est une et non pas une simple erreur, trop facile, une faute de plus me direz vous.

La cupidité de uns, les incompétences multiples des autres, l’indécisions de certains expliquent en partie ce fiasco magistral, en d’autres temps le terme adéquat aurait été "j’en foutre". No comment.

Mais je crois que l’on doit surtout parler de « l’inculture maritime » de la plupart de ceux qui devaient prendre la décision de comment finirait le "Clem". Méconnaissance chronique de nos élites lorsqu’il s’agit de comprendre le ressort qui anime les gens de mer qu’ils soient de la royale, du commerce ou de la pêche.

Oui messieurs ! Nous aimions et nous aimons toujours notre bon vieux "Clem", même si vous l’avez débaptisés et requalifiés en Q790, appellation officielle d’une vieille coque mal en point, nous la réfutons, car elle n’est que le résultat des mauvais traitements que vous lui avez infligés.

Pour nous il reste le R98, ne vous en déplaisent !

Imaginez et pour une fois prenez le temps de nous écouter.

Le sentiment qui anime un jeune homme de dix neuf ans, se retrouvant tout seul un matin de novembre 1970, face à l’énorme masse du porte-avions et de devoir pour la première fois en franchir la coupée, encombré d’un sac sur l’épaule et d’une valise à la main et engoncé dans son caban, n’oubliant pas, comme il est d’usage de saluer le pavillon national d’un coup tête vers la poupe.

Emotion difficile à traduire pour qui ne la jamais vécu, de ressentir l’impression d’être absorbé par un monstre d’acier. Je me souviens d’avoir pensé que dorénavant j’allai vivre dans son ventre, il semblait ronronner comme un grand fauve au repos, effet dû au système de ventilation.

Tout d’un coup je sursaute surpris d’entendre pour la première fois le son métallique des hauts parleurs diffusant les informations nécessaires à la vie du bord, intonations si particulières, inoubliables.

Le premier contact que j’ai à bord est le planton de service à la coupée qui m’indique d’un geste désabusé la porte du BSI, j’y entre tout penaud, en voyant ma mine les "saccos" m’accueillent, mi-goguenards, mi-sévères :

_"Alors le mousse, on embarque enfin, il y a quelques jours que l’on t’attend!" Je m’étais payé le luxe d’arriver trois jours après les autres à la suite du stage que je venais de faire à l’infirmerie du C F M.

Le « Chouf » de service empoigne un combiné et j’entends instantanément :

"le secrétaire de la 21ème escouade est réclamé en coursive mairie."

Il arrive et me prend en charge pour régler les formalités d’embarquement, il me drive plus qu’il ne guide dans tout le navire, une peur rétrospective me saisit, livré à moi-même je me serai perdu dans le dédales des coursives, même avec l’aide d’un plan.

Arrive enfin le moment où l’on parvient dans le poste de l’escouade, celui du service "Vols" en B010 premier poste à l’avant sous les guindeaux. L’installation se fait tranquillement, les nouveaux collègues qui deviendront pour certains des potes, m’aident et me donnent quelques tuyaux utiles. Enfin le soir arrive, je suis crevé. Je grimpe dans ma bannette, pour ma première nuit à bord, je dors mal, je ressens une impression d’étouffement ; l’espace vital est réduit, mais je m’y ferais vite.

Et déjà le premier appareillage arrive, j’ai de la chance faisant partie de la 21ème, j’ai accès à la à l’îlot et à la passerelle "Avia" qui jouxte la timonerie et la passerelle "navigation", et je peux ainsi assister à toute la manoeuvre.

Je suis captivé par le travail des boscos, puis des remorqueurs qui tirent, puis poussent, décollent le mastodonte du quai et le mettent bien en ligne afin qu’il puisse manoeuvrer tout seul. Je suis impressionné par la rigueur qui règne ici et plus encore par les ordres de l’officier de quart qui sont nets et précis, tout de suite exécutés, rapportés aussitôt, j’aperçois le Pacha dans son fauteuil qui surveille la manoeuvre d’un oeil critique, il semble satisfait. L'Amiral commandant l’escadre fait son apparition, les respects Amiral fusent, l’atmosphère imperceptiblement devient plus studieuse, je me fais tout petit dans mon coin, je me sentais privilégié, depuis l’enfance je rêvais d’être là.

Jour après jour, je me suis fondu dans la population du "Clem", dans les habitudes et les rites qui régissent la vie sur un tel vaisseau, près de deux mille hommes y cohabitent, s’apprécient ou se détestent.

Mais pas question de désordre le navire doit remplir sa mission, aucun homme n’étant inutile à bord, il faut apprendre à supporter les autres bon gré, malgré, autodiscipline et responsabilité sont la règle et parties prenantes de la discipline collective. Le "Clem" quoiqu’il arrive doit être opérationnel, c’est la loi du bord pour tous quelque soit le grade.

Je compris alors la véritable signification de l’expression, former un équipage.

Solidaires, nous nous devions tous de l’être.

Et, vous voudriez qu’aujourd’hui nous oublions notre vieux tigre, vous qui n’avez même pas eu le courage d’abréger dignement sa vie. Vous l’avez traîné lamentablement sur les océans, oubliant en commettant cet acte que vous avez bafoué les quelques dizaines de milliers de marins qui ont servi à bord, faisant corps avec lui.

Sacrilège suprême, vous n’avez même pas pensé un instant, à ceux qui y perdirent la vie, respecter le Clemenceau c’est aussi honorer leurs mémoires et il est d’abord à eux.

Ceci est mon coup de gueule, mon témoignage et je dédie ces lignes à tous ceux que je viens d’évoquer et plus particulièrement à Gilles C. fauché à jamais par l’hélice d’un Breguet Alizé sur le pont d’envol.

Je me résigne tristement à dire : vogue donc, la galère puisque Alfa Whisky ne répond plus!

S’il vous plait, Messieurs, faites cesser cette pantalonnade Ubuesque !

 

Jean-Louis